Bords de sanglier dans l'Atlantique !
Guillaume Pirouelle
Dans le jargon de la course au large, on appelle communément ça des « bords de sanglier » ! Trapu, velu, cet animal de nos forêts est réputé pour sa force, sa détermination et sa ténacité. Autant de qualités dont vont devoir faire preuve les marins qui affrontent actuellement une violente dépression installée autour de l'archipel des Açores.
Dans le vif du sujet
Les Class40 viennent de rentrer dans le dur. 35 nœuds dans les rafales, 25 nœuds de vitesse au compteur du Lift V3 d'Axel Tréhin, une quille qui chante et des paquets de mer qui s'abattent sur le pont : les images tout juste envoyées par le skipper d'Exalt parlent d'elles-mêmes. « C'est assez impressionnant, confirme le Morbihannais. Ça bourrine fort sous gennaker ! »
Il va pourtant falloir rapidement s'adapter à ces conditions, réorganiser la vie à bord, réduire la toile et surtout garder la tête froide. « Il ne faut pas faire de bêtises pour sortir de là ! », rappelait ce matin Jules Bonnier (Plastic Odyssey).
Entre la folle cavalcade et la préservation du bateau, l'équation est complexe. Mais personne ne perd de vue l'objectif : rallier l'autre côté de l'Atlantique, quitte à laisser quelques milles en route. Pep Costa (VSF Sport) résume bien cet état d'esprit : « Je prépare la suite pour passer au vent fort dans les meilleures conditions et avec la meilleure trajectoire possible, en bonne forme et avec le bateau intact. C'est l'objectif. »
C'est mon choix... comme dirait Evelyne Thomas
À bord de Défi Solidaire avec Ellye et l'Arche, Sophie Faguet a fait le choix de préserver au maximum les capacités de son bateau pour la sortie de la dépression. Elle prévoit de naviguer sous trois ris dans la grand-voile et tourmentin dès cet après-midi. Une option qu'elle assume pleinement :« On est un peu dans l'œil du cyclone, au milieu de vents très forts. J'ai pas mal levé le pied… Le vent est monté à 25-30 nœuds. Ça pulse de nouveau. J'ai décidé d'aller tout droit, d'aller safe. Pour l'instant je suis sous genak, ça me met à 17 nœuds de vitesse, mais ce n'est pas ma vitesse moyenne, contrairement à mes petits camarades. Les écarts se creusent, mais c'est mon choix, comme dirait Evelyne Thomas ! »
Même état d'esprit chez Gaëtan Thomas (Barco Brasil), qui a lui aussi choisi de lever le pied : « On rentre dans le vif du sujet de la dépression. J'ai bien réduit la toile, j'ai mis un peu la compét' de côté. Il faut que j'aille ranger ma chambre et mettre mon casque parce que ça bombarde pas mal. On va serrer les fesses pendant deux ou trois jours ! »
Un passage au cœur de la dépression
Le casque, Guillaume Pirouelle l'a également enfilé. Actuellement dans le centre dépressionnaire, le skipper de Sogestran – Seafrigo bénéficie d'une accalmie relative, avec seulement 10 nœuds de vent, un répit de courte durée : « Ça part complètement à droite. On est arrivé avec du sud-est, avec 30-35 nœuds de vent. On va bientôt pouvoir virer. C'était bien sport et ça va être bien sport à la sortie, de l'autre côté ! »
"Et voila ! On est tribord amure, se réjouit Achille Nebout (Amarris) ça a bien molli. J'en profite pour ranger tout, matosser, préparer la suite parce que dans quelques heures le vent va se renforcer assez fort, assez vite. Il faudra être prêt. Le J2 est en place, j'ia plus qu'à dérouler, prendre mes ris et me mettre à l'intérieur."
La traversée de cette dépression est loin d'être terminée. Il faudra encore de la patience, de la vigilance et une bonne dose de sang-froid pour en venir à bout.
Dans la mythologie celtique, le sanglier, symbole de guerre et de courage, était d'ailleurs souvent représenté sur les amulettes des guerriers. Un porte-bonheur qui pourrait bien être utile aux Class40 dans les heures à venir !
Eve Bougault